Qu’est-ce que l’hydrologie régénérative ? Et plus précisément : comment mettre en place des pratiques d’hydrologie régénérative dans le contexte du bassin versant de la Dore? Des questions auxquelles a répondu Jeanne Desgranges, étudiante en dernière année d’école d’ingénieur Polytech Tours, durant son stage réalisé entre mars et aout au sein de l’équipe du syndicat mixte du Parc.
mots clés : Hydrologie régénérative, cycle de l’eau, bassin versant, hydrologie, Dore, SAGE, étude HMUC
Qu’est-ce que l’hydrologie régénérative ?
L’hydrologie régénérative est une approche de gestion de l’eau qui vise à restaurer les cycles naturels de l’eau en aménageant les paysages et les usages des sols afin de favoriser l’infiltration, le stockage et la circulation lente de l’eau dans les territoires.


En complément de son rapport de stage, Jeanne a réalisé deux posters présentant les principes de l’hydrologie régénérative et les principaux résultats de son travail.
Autrement dit : l’idée centrale est de garder l’eau le plus longtemps possible dans les sols et la végétation. Grands principes :
RALENTIR l’eau de ruissellement et les écoulements au sein des hydrosystèmes. L’objectif de ce premier principe est de retenir l’eau en vue de favoriser sa répartition et son infiltration dans le paysage, sans la retirer du système en la piégeant dans des ouvrages non perméables.
INFILTRER l’eau dans les sols pour favoriser la recharge des stocks. La suppression/limitation du travail du sol, le maintien d’un taux minimum de matière organique dans les sols sont des solutions favorables à l’infiltration des eaux de ruissellement. D’autres solutions plus interventionnistes peuvent être mises en place comme la création de noues (fossés peu profonds et végétalisés) ou baissières (fossé peu profond associé à une butte de terre placée juste en aval).
RÉPARTIR l’eau dans les parcelles. La rectification des cours d’eau, le drainage des parcelles agricoles sont des aménagements humains tendant à concentrer les écoulements sur des linéaires peu diversifiés, asséchant toute une partie du paysage. Les pratiques d’hydrologie régénérative visent à répartir cette eau pour maximiser l’hydratation de toutes les zones d’un bassin versant.
STOCKER l’eau dans le paysage. Notamment dans les sols, les sous-sols et les végétaux en remettant en fonctionnement des milieux naturels retenant l’eau comme les zones humides et les tourbières par exemple.
Favoriser l’ÉVAPOTRANSPIRATION en DIVERSIFIANT les couverts végétaux. Le maintien d’une végétation diversifiée permet la création de microclimats favorables à toutes les formes de vie, notamment dans le contexte actuel d’augmentation croissante des températures.


Relevés réalisés sur le terrain par Jeanne Desgranges © Parc Livradois-Forez
Passer à l’action : exemples d’applications possibles sur deux zones d’actions prioritaires sur le bassin versant de la Dore
Les zones prioritaires ont été définies dans le cadre de l'étude Hydrologie, Milieux, Usages, Climat (HMUC) menée sur le bassin versant de la Dore. Cette étude a dressé un état des lieux de l’état quantitatif des ressources en eau superficielles (de surface), des besoins et des pressions, durant et hors période de basses eaux. Une approche prospective des usages à une échéance de 30 ans a également été établie, en intégrant les effets du dérèglement climatique. En s’appuyant sur des critères de sévérités d’étiages (période de l'année pendant laquelle les niveaux d'eau sont les plus bas), de fréquence des assecs (assèchement temporaire ou complet d'un plan d'eau)et sur les risques hydrologiques, des zones d’actions prioritaires ont été identifiées sur ce territoire.
Dans le cadre du stage, des carte des design* ont été réalisées sur le sous-bassin versant dit de la Gilbernie, sur les sources de la Durolle et sur le sous-bassin versant dit du Pecher, sources du Tonvic. Ces conceptions d’aménagement hydrologiques à l’échelle d’un bassin versant ont permis à Jeanne de proposer un panel d’actions possibles en milieu forestier et en milieu ouvert. Différents aménagements sont envisagés :
– des nourrisseurs de fond (dans le lit d’un cours d’eau), qui rehaussent le lit pour favoriser les débordements et offrir au sol la possibilité de remplir son rôle d’infiltration et de rétention d’eau ;

– des baissières (dans les prairies), pour ralentir les écoulements et infiltrer l’eau.Les haies plantées pour maintenir l’ouvrage apportent un fourrage supplémentaire pour les brebis en période de sécheresse ;

– des fossés à redents (en bordure de parcelles), pour ralentir l’eau des fossés et favoriser l’infiltration ;

– des renvois d’eau et des fossés d’infiltration (en bordure de chemin forestier),
– des haies sèches (sur parcelles boisées pentues).
La mise en œuvre d’aménagements d’hydrologie régénérative sera un des moyens à expérimenter pour respecter la trajectoire globale de sobriété à l’échelle du bassin versant de la Dore validée par la Commission Locale de l’Eau du SAGE Dore en juin 2025.